Photo : Pierre Antoine Boillons
L’œuvre qu’il construit depuis 10 ans tient l’équilibre délicat entre exigence et popularité, élégance et efficacité… un équilibre qui lui ressemble : Etienne Gauthier est loin d’être né dans le chaudron de la scène parisienne. Intègre et têtu, il ne doit qu’à son talent et à son ouverture d’esprit d’en être là où il en est. Il prête au monde qui l’entoure une rare qualité d’écoute, comme si le son risquait à tout instant d’être coupé et qu’il lui faille en retrouver demain les moindres variations.
Enfant des années 80, Etienne Gauthier en revendique l’héritage : « J’ai grandi avec les machines, les synthétiseurs, en écoutant Brian Eno, Kraftwerk… Adolescent, je passais des heures à composer sur les premiers ordinateurs dédiés à la musique. J’avais déjà 26 ans lorsque j’ai quitté Besançon pour venir me former à Paris. Je partais de zéro. »
Formé à la Bill Evans Piano Academy puis à l’American School of Modern Music, il est de ces autodidactes qui ont eu l’humilité d’acquérir les codes… pour mieux les transgresser. Il apprend donc très vite à se servir de ces enseignements techniques et à s’en affranchir ! « La Bill Evans Piano Academy, essentiellement tournée vers l’acoustique et l’harmonie, m’a appris à construire des mélodies, à poser des silences, à veiller à la respiration du son : autant d’éléments clés pour raconter une histoire… L’American School of Modern Music, dédiée à la musique noire américaine, m’a énormément apporté en termes d’efficacité : rythme, précision et swing ont le pouvoir de rendre une musique très vivante, et c’est là encore un paramètre essentiel à la narration. »
Dès 2002, Etienne Gauthier s’oriente vers la création sonore et la scène électro. Cette année-là, son album Extatik obtient le soutien de la Sacem (aide à l’autoproduction) et le prix Project Music (cinémas MK2 Nada productions). Puis, c’est la rencontre avec Lulu Borgia et la création de deux albums : Chair public (2002) et Digital Affair (2009). En parallèle, Etienne Gauthier élabore avec Digital Deluxe une exposition multimédia, hôtel splendor, à la Friche Belle de Mai. On le retrouve aussi au Grand Cursal de Besançon où il donne un concert de ses compositions (vidjing réalisé par le designer Alban Le Henry).
Au milieu des années 2000, c’est la rencontre décisive avec l’univers de l’image. Tout commence avec le cinéma. Etienne Gauthier compose la musique du court métrage de Nicolas Tackian, « La cave » (prix de l’image au festival Premiers regards 2005), puis du moyen métrage de Paul Costes, « Du vent par rafales ». A partir de là, les projets s’enchaînent et ne se ressemblent pas, ce qui ravit le jeune compositeur qui découvre dans la musique à l’image un espace de liberté prodigieux. Cinéphile passionné de fiction, Etienne Gauthier a trouvé son univers : « La musique de film offre un espace de création dans lequel je me sens libre ; j’y trouve une fantastique liberté sonore d’expression. » Une fois respectés les codes fondamentaux de narration, il aime à expérimenter très largement en allant notamment vers la musique bruitiste et toutes les formes de musiques concrètes.
Etienne Gauthier se tourne ensuite vers la télévision. A partir de 2007, il compose des musiques pour habiller l’émission « C dans l’air » présentée par Yves Calvi. C’est le début d’une longue collaboration avec France 5 et Maximal productions. Sa rencontre avec Sébastian Camicas (Camicas production) l’amène à composer la musique de nombreux documentaires diffusés sur France 5, axés géopolitique, société, économie ou histoire.
On est en 2007. Sur France 2, « Un jour un destin » commémore les 10 ans de la mort de Lady Diana. Pour habiller la scène de l’accident tragique de la princesse, Etienne Gauthier propose une musique totale, surprenante, englobant le fond et la forme, la petite histoire et la grande, l’accident et tout son hors champ. Laurent Delahousse est conquis.
Aujourd’hui, Etienne Gauthier crée le label Bolid Records. Cette structure est dédiée à la réalisation et à la production de musique à l’image. A travers Bolid Records, Etienne Gauthier développe non seulement sa propre activité de création pour le cinéma et la télé, mais labellise également des artistes dans cette optique. Il leur apporte accompagnement, expertise et développement. On pourra très prochainement accéder au site encore en construction et entendre sur scène et sur disque les premiers artistes signés cette année par Bolid Records…
Ingrid Thobois, Auteur
http://www.ingridthobois.com